Les Jeunes demain

De plus en plus d'enfants déracinés et abandonnés dans le monde

Catherine Vincent . LE MONDE | 02.06.09

Vingt ans après l'adoption, le 20 novembre 1989, à New York, de la Convention des Nations unies relative aux droits de l'enfant, le sort des enfants dans le monde demeure un sujet de préoccupation majeure. Ratifiée par tous les pays de l'Organisation des Nations unies (ONU), à l'exception de la Somalie et des Etats- Unis, ce texte affirme le droit à "tout être humain de moins de 18 ans" d'être considéré comme une personne à part entière, sujet de droit de façon inaliénable et sans discrimination.

Les enfants des villes plus nombreux, plus vulnérables

Les grandes agglomérations - en Amérique latine, en Afrique, en Asie du Sud ou en Chine (l'épicentre de la croissance urbaine) - présentent un visage de plus en plus jeune. Chaque semaine, la population des villes s'accroît de près d'un million de personnes. Et, d'après les prévisions de l'ONU, 60 % des enfants des pays en développement vivront en 2025 en milieu urbain. Pour la moitié d'entre eux, dans la pauvreté.

Selon le réseau d'information des droits de l'enfant (CRIN) chargé de faciliter les échanges entre les acteurs impliqués dans la mise en pratique de la Convention relative aux droits de l'enfant, 640 millions d'enfants (un sur trois) ne bénéficient pas d'un logement adéquat dans le monde en développement. En ville, la violence est aussi leur quotidien. En 2007, 498 enfants ont été assassinés au Guatemala. Au Salvador et au Honduras, quelque 30 000 jeunes gens sont impliqués dans des bandes très violentes, les "maras".

Si la transposition de ce texte en droits nationaux a permis d'enregistrer de réels progrès dans le respect de ces droits, des violations souvent très graves n'en persistent pas moins dans de nombreuses régions du monde. En témoigne le "document de référence" que le Bureau international catholique de l'enfance (BICE), association privée qui mène sur le terrain une action de plaidoyer, vient de mettre en ligne.

Rédigé à la suite d'une enquête de deux ans conduite dans 66 pays d'Afrique, d'Amérique latine, d'Asie et d'Europe, ce rapport souligne que des millions d'enfants vivent actuellement "une situation de déracinement". Et que la crise économique, en se diffusant à l'échelle de la planète, accroît encore la menace qui pèse sur eux. Un constat qui conduit le BICE, à l'occasion du 20e anniversaire de la Convention, à lancer, le jeudi 4 juin à Genève, un appel mondial à "une nouvelle mobilisation pour l'enfance".

Enfants soldats, enfants travailleurs, enfants abandonnés, abusés, violés, obligés de fuir devant la guerre, la famine, les catastrophes naturelles : quel que soit leur drame, les enfants de la misère, de plus en plus souvent, sont aussi les enfants de la rue. D'après l'ONU, ils seraient environ 150 millions à y vivre dans le monde, dans des conditions d'éducation et de santé dérisoires, exposés aux abus, à la violence et à l'exploitation. Et tout indique que ce chiffre continuera d'augmenter, tant que les populations les plus pauvres des pays en développement se déplaceront massivement vers les villes dans l'espoir d'y trouver du travail.

"La plus grande partie de ces populations se retrouve dans des bidonvilles, avec des conditions de vie catastrophique", rappelle Yves Marie-Lanoë, président du BICE. Résultat : "Ces enfants, complètement déracinés culturellement, passent brutalement d'une structure familiale et communautaire, donc protectrice, au monde de la rue qui est une véritable jungle."

Un changement de vie d'autant plus catastrophique que les experts observent, dans toutes les régions du monde, une inquiétante fragilisation des familles. Déjà ancien en Amérique latine, ce phénomène se développe en Afrique, où l'enfant "est de moins en moins perçu comme une richesse, et de plus en plus comme une charge".

En Asie, la situation est plus contrastée. Mais la rapidité des changements socioéconomiques n'en a pas moins d'importantes conséquences pour la structure familiale : "Augmentation de l'âge du mariage, diminution de la taille de la cellule familiale, changement des attributions de chaque sexe au sein de la famille, apparition des familles d'accueil, vieillissement de la population."

Tandis qu'en Europe et dans la Communauté des Etats indépendants (CEI), où 18 millions d'enfants de moins de 15 ans vivent dans des conditions d'"extrême pauvreté", la dispersion des familles et l'accroissement des divorces entraînent trop souvent "le délaissement, voire l'abandon des enfants par leurs parents".

Particulièrement préoccupante : la situation des enfants de Roms, privés de leur droit à l'éducation. Sur les 4 millions vivant dans les Etats membres du Conseil de l'Europe, on évalue à 2 millions ceux qui ne fréquenteront jamais l'école. Autre motif d'inquiétude, récent et massif : le nombre d'enfants abandonnés en Russie. Selon les chiffres officiels, ils seraient de 3 millions à 5 millions, alors que seuls "700 000 sont orphelins ou enfants de parents déchus de leur autorité".

Dans ce tableau plutôt sombre, on trouve pourtant une touche d'optimisme.

Elle a pour nom "résilience" et désigne la capacité des enfants à dépasser, pour peu qu'on les y aide, les défis que la vie leur impose. Une faculté qu'il importe, souligne le BICE, de soutenir assidûment, en favorisant "la participation, la solidarité et la responsabilité des enfants pour qu'ils deviennent protagonistes de leur vie".

L'organisation, dans son rapport, fait état d'un certain nombre de cas où ce sont les communautés d'enfants et d'adolescents elles-mêmes qui font valoir leurs droits auprès des adultes. Avec un succès relatif, mais certain. "En Amérique latine, il y a véritablement une culture de la participation des enfants à la décision. Ils connaissent l'existence de la Convention, et en font un outil pour défendre leurs droits et leurs revendications", précise M. Marie-Lanoë. Né au Pérou il y a une trentaine d'années, le mouvement des enfants travailleurs - qui ne défend pas le travail des enfants, mais les enfants au travail - a essaimé dans tous les pays d'Amérique du Sud. Et, dans une moindre mesure, en Afrique et en Asie.


Programme d’action mondiale pour la Jeunesse (1995-2005).

L’Assemblée Générale du Programme d’action mondiale pour la jeunesse a identifié :

en 1995, 10 priorités pour les jeunes : Education, Emploi, Pauvreté, Santé, Environnement, Abus de drogues, Délinquance juvénile, Loisirs, Situation particulière des jeunes femmes et jeunes filles, Participation des jeunes aux processus de décision.

En 2003, 5 nouveaux sujets ont émergés : Mondialisation, Technologies de l’information et de la communication, HIV/AIDS, Jeunes dans les conflits, Problèmes intergénérationnels.

Principales conclusions.

La dichotomie qui existe entre les jeunes des pays développés d’une part et ceux des pays en développement d’autre part, s’estompe du fait de l’urbanisation, de la mondialisation et de l’apparition dans le monde d’une culture de la jeunesse alimentée par les médias.

Il faut oublier les stéréotypes défavorables. Investir dans la jeunesse doit commencer dès l’enfance. On doit s’engager et investir davantage en faveur des « Objectifs du millénaire pour le développement ». Ce qui aura des bénéfices considérables pour les jeunes de demain.

On doit augmenter les investissements dans la jeunesse.

Les jeunes doivent être considérés comme des partenaires dans la réussite des « Objectifs du millénaire pour le développement ».

Les gouvernements à tous les niveaux sont encouragés à développer et mettre en place des politiques intégrées en faveur des jeunes. Ils doivent aussi apporter une attention particulière aux groupes de jeunes dans le besoin tels que handicapés, jeunes

migrants…

Il serait souhaitable de sélectionner un certain nombre d’indicateurs vérifiables dont certains pourraient être extrait des « Objectifs du millénaire pour le développement des jeunes » et qui permettraient de mieux mesurer les progrès accomplis à l’avenir pour les jeunes.

Les gouvernements doivent continuer à évaluer leurs politiques en faveur des jeunes et à les impliquer dans cette évaluation.


Extraits des interventions à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 6 octobre 2005 à l’issu de la présentation du Programme d’Action Mondiale pour la Jeunesse (1995-2005)

Mme Louise Frechette (Vice secrétaire générale de l’ONU)

« En ce 10ème anniversaire, reconnaissons que les jeunes constituent une ressource considérable au projet de la société et qu’ils sont des partenaires essentiels pour la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, et que leur énergie est notre élément le plus précieux de nos efforts visant à édifier un monde plus pacifique, démocratique et prospère ».

Mme Maria Fabiane-Loguzzo (Argentine au nom du Groupe de Rio)

« Il existe un double défi dont il faut venir à bout ; garder les adolescents dans le système éducatif et en même temps créer des emplois qui correspondent à leur niveau de connaissance ».

« J’appelle à un accroissement des ressources destinées au Fonds des Nations Unies pour la jeunesse pour encourager l’esprit d’entreprise des jeunes ».

M Ali Hacheri ( Tunisie)

« La jeunesse actuelle doit faire face à des problèmes inédits car le chômage et le sous-emploi ne sont plus perçus comme de simples problèmes sociaux mais ont également des répercussions économiques, politique et de sécurité.

Les moins de 24 ans représentent près de la moitié de la population mondiale. Dans un contexte de mondialisation, il devient impératif d’apporter de nouvelles réponses aux problèmes des jeunes en matière d’éducation, de formation, de santé, d’emploi et d’accès aux nouvelles technologies ».

Bakhtiyar Hajiyau (responsable des jeunes en Azerbaïjan)

« Il est dommage que seul un petit nombre de jeunes dans le monde ait la possibilité de lancer leur propre entreprise. Il faut que les gouvernements puissent créer des fonds nationaux dirigés par les jeunes pour aider ces derniers à monter leur propre

entreprise ».

M Pravit Chaimongkol (Thaïlande)

« Il faut mettre l’accent sur la formation des jeunes et l’adéquation des emplois qui leur sont offert. J’insiste sur le principe d’autonomisation des jeunes qui ne peut que déboucher sur un monde plus paisible, plus prospère et plus démocratique.


Initiatives balbutiantes …

Youth Employment Network (YEN) ou Réseau pour l’Emploi des Jeunes

Il a été crée par le secrétaire général de l’ONU en 2003 dans le contexte de la Déclaration des Objectifs du Millénaire. Les chefs d’état et de gouvernement ont décidé « de formuler et d’appliquer des stratégies qui donnent aux jeunes PARTOUT dans le monde une chance réelle de trouver un travail décent et utile ».

C’est une alliance entre l’Organisation Internationale du Travail (OIT), la Banque Mondiale et les Nations Unies. C’est l’OIT qui en assure le secrétariat.

Il regroupe des dirigeants politiques, des employeurs et des travailleurs, des jeunes et autres partenaires qui mettent leurs compétences, leurs expériences et leur savoir-faire au service de la recherche de solutions originales et durables aux problèmes de l’emploi des jeunes.

Les objectifs :

faciliter, coordonner et appuyer la mise en place d’un programme de travail cohérent pour l’emploi des jeunes qui intègre les principes de travail décent et la question de la lutte contre la pauvreté et auquel seront associés les partenaires sociaux.

 

Impliquer les jeunes dans la mise en oeuvre des programmes les concernant.

Dix pays sont déjà pays leaders du YEN : Azerbaïjan, Brésil, Egypte, Indonésie, Iran, Mali, Namibie, Rwanda, Sénégal, Sri Lanka et depuis 2008, la RDC.

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