Jeunes et pauvreté
Actuellement, il est largement reconnu que la pauvreté recouvre de multiples dimensions du dénuement et implique donc plus que la simple absence de revenu. Les objectifs du Millénaire pour le développement ont adopté une acception plus large, englobant du coup bien des dimensions de la pauvreté (la faim, la santé et le revenu).
Amartya Sen a été l’un des tous premiers économistes à soutenir que la pauvreté est mieux comprise comme diverses formes « d’absence de liberté » qui empêchent les gens de réaliser et de développer leurs potentialités.
Cette conception de la pauvreté considère les droits civiques et politiques ainsi que les droits économiques et sociaux comme les objectifs principaux du développement et les principaux vecteurs du progrès. La pauvreté selon M. Sen suppose également que l’expérience personnelle de la pauvreté peut varier selon les circonstances.
Cette vision dynamique de la pauvreté s’applique souvent aux jeunes du fait des nombreux obstacles que beaucoup doivent surmonter pour parvenir au statut d’adulte.
(Sources: Curtain, 2004; Sen, 2000.)
La transition de l’adolescence vers l’âge adulte est l’une des « étapes essentielles » susceptibles d’être déterminantes dans les chances d’une personne d’échapper à la pauvreté. Elle mérite une attention particulière.
Idée reçue : Les jeunes sont pauvres parce qu’ils ne travaillent pas.
Les contextes dans lesquels la pauvreté se manifeste sont variés. Certaines personnes sont pauvres mais soutenues par les filets de sécurité sociale – qu’il s’agisse du soutien formel de l’État ou du soutien informel de la famille – qui peut être assez « généreux » ou non pour leur permettre de survivre sans travailler.
Certaines personnes vivent dans une pauvreté due à la malnutrition ou à une maladie incapacitante.
Mais dans la plupart des cas, les personnes vivant dans l’extrême pauvreté n’ont pas de filets de sécurité sociale et doivent survivre par tous les moyens – l’ingéniosité, le courage, l’autodiscipline et surtout le travail. On ne peut se permettre de rater une occasion de gagner un revenu en argent ou en nature pour soi-même ou sa famille.
Les jeunes issus de familles extrêmement pauvres doivent également travailler d’une manière ou d’une autre, généralement pour la simple subsistance.
Au niveau mondial, jusqu’à 125 millions de jeunes vivent dans des ménages dont le revenu est inférieur au seuil de 1 US$ / personne / jour malgré le fait qu’ils travaillent.
Ainsi, près de 23% des jeunes sont extrêmement pauvres -selon le critère de 1 US$ / jour- bien qu’ils travaillent.
Il est encore plus remarquable que jusqu’à 56 % des jeunes qui travaillent demeurent pauvres selon le critère de 2 US$ par jour.
Car indépendamment de leur état d’activité économique (travailleur, chômeur, inactif), les jeunes qui ne sont pas capables de tirer parti de leur potentiel productif peuvent ressentir ; découragement, marginalisation, appauvrissement, oisiveté au risque d’être attirés par des activités illicites ou des frustrations (comportements violents…)
Mesure de la pauvreté des jeunes (source ONU) :
160 Millions de jeunes sont sous-alimentés209 Millions survivent avec – de 1 US$ / jour515 Millions avec – de 2 US$ / jour (dont 206 Millions en Asie du Sud Est)1. Les jeunes sont généralement négligés dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté et l’investissement axé sur les jeunes n’est pas souvent perçu comme essentiel à la promotion du développement durable. À moins de mieux connaître la situation spécifique des jeunes vivants dans la pauvreté, notamment le type et l’ampleur de leurs vulnérabilités, il est probable qu’on ne leur accorde pas l’attention qu’ils méritent dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté.
2. Les jeunes sont souvent confrontés à un type particulier de pauvreté en comparaison aux adultes. Les formes actuelles de collecte de données mettent l’accent sur l’identification des groupes de population pris au piège de la pauvreté chronique, tandis que les jeunes sont plus probablement confrontés à une forme plus dynamique de pauvreté.
Un chercheur a constaté que « La transition de l’enfance à l’âge adulte implique que l’on affronte et surmonte un certain nombre d’incertitudes. De plus, les jeunes font face éventuellement et simultanément à de nombreux changements, ce qui aggrave leurs difficultés. Ils rencontrent ces obstacles en matière de travail, de logement et de relations interpersonnelles. L’identification des situations d’incertitude que vivent les jeunes ou les sous- groupes de jeunes constitue un préalable à la définition des moyens de relever les niveaux de protection sociale. »
En conséquence, reconnaître que les jeunes en situation de pauvreté sont confrontés à des obstacles particuliers implique que les stratégies de réduction de la pauvreté orientées vers les jeunes pourraient nécessiter des approches différentes de celles destinées aux adultes.


