Jeunes et emploi

Les tendances mondiales de l’emploi des jeunes.

Rapport 2006 Organisation Internationale du Travail

Le monde fait face à une crise croissante en matière d’emploi des jeunes. Les économies développées et en développement sont confrontées au défi de créer des emplois décents et durables pour le grand nombre de jeunes femmes et jeunes hommes qui arrivent sur le marché du travail chaque année. Le problème figure en bonne place parmi les priorités de développement international.

L’emploi des jeunes est un souci majeur dans les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), et a été réaffirmé par les ministres et les chefs de délégations participant au Segment de haut niveau de la Session de fond 2006 du Conseil économique et social (ECOSOC), qui se sont engagés à «concevoir et d’appliquer des stratégies qui assurent à tous les jeunes des possibilités réelles et égales de trouver un emploi productif et un travail décent ».

o Reconnaissant que la non intégration des jeunes au marché du travail a des conséquences plus vastes pour la prospérité et le développement futurs des pays, les constituants de l’OIT ont adopté une résolution sur l’emploi des jeunes énonçant un plan d’action pour promouvoir les voies d’accès au travail décent pour les jeunes.

o L’une des tâches confiées à l’OIT est d’approfondir sa connaissance de la nature et des dimensions de l’emploi, du chômage et du sous-emploi des jeunes. Le rapport du BIT sur les Tendances mondiales de l’emploi des jeunes vise justement cet objectif.

Ce rapport contribue aux études de plus en plus nombreuses faisant état d’une conjoncture mondiale où les jeunes font face à des difficultés croissantes pour accéder au marché du travail.

L’une de ses principales conclusions est qu’un déficit mondial de possibilités

d’emplois décents a entraîné une situation dans laquelle :

Un jeune sur 3 cherche du travail sans succès,Ou a totalement renoncé à la recherche d’emploi,Ou travaille pour un revenu inférieur au seuil de la pauvreté de 2$US/jour.

Sans un accès suffisant qui leur permette de prendre un bon départ sur le marché du travail, les jeunes sont moins en mesure de faire des choix susceptibles ’améliorer leurs perspectives d’emploi et celles de leurs futures personnes à charge.

Cela perpétue d’une génération à l’autre le cycle d’instruction insuffisante, d’emplois de faible productivité et de pauvreté au travail.

Le rapport souligne donc l’urgence de la recommandation de l’ONU sur l’élaboration de stratégies visant à offrir aux jeunes la possibilité d’utiliser au mieux leur potentiel productif à travers un emploi décent.

« Le chômage des jeunes et les situations où les jeunes renoncent à la recherche d’emploi (découragement) ou travaillent dans des conditions inadéquates de (sous-emploi) entraînent des coûts pour l’économie, la société, et pour l’individu et sa famille. Si le manque d’emplois décents est vécu à un jeune âge, il compromet parfois de manière irrévocable les perspectives d’emploi d’une personne et entraîne souvent des

comportements au travail qui durent toute la vie. Il existe un lien avéré entre le chômage des jeunes et l’exclusion sociale. L’incapacité de trouver du travail crée un sentiment de vulnérabilité, d’inutilité et d’oisiveté chez les jeunes. Par conséquent, les gains personnels réalisés par les jeunes eux-mêmes sont les plus évidents qui puissent découler des efforts visant à exploiter au mieux le potentiel productif des jeunes et à assurer l’existence de possibilités d’emploi décent. »


En 2025, 42% de la population aura moins de 25 ans soit 3.360.000 de

jeunes.

Il est donc indispensable aujourd’hui de se mobiliser pour trouver des solutions et favoriser l’emploi des jeunes dans les 15 prochaines années.

Une main-d’oeuvre croissante peut être un atout pour les marchés de l’emploi et les sociétés si l’économie a besoin de main-d’oeuvre et propose assez d’emplois. Cependant, si la croissance économique n’est pas suivie d’une augmentation des possibilités d’emploi décent, la croissance de la main-d’oeuvre peut constituer une menace, puisque la concurrence dans la recherche d’emploi parmi les nombreux jeunes qui intègrent le marché de l’emploi s’en trouve accrue.

Sur les marchés du travail où trop de chercheurs d’emplois sont en concurrence, ce sont les jeunes gens dépourvus de réseaux sociaux et ne sachant pas se vendre comme des travailleurs potentiels qui seront lâchés et qui rejoindront la masse croissante de jeunes chômeurs et de jeunes découragés. En revanche, ils peuvent accepter de travailler dans des conditions inadéquates ou rejoindre l’économie informelle qui offre l’unique possibilité de gagner un revenu.

Le cercle vicieux engendré par l’inadéquation entre la croissance économique et la croissance de la main-d’oeuvre a été observé en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et Afrique du Nord, en Asie du Sud. Inversement, une baisse de la main-d’oeuvre peut être également un handicap comme c’est le cas actuellement dans plusieurs économies avancées, les (ex) économies en transition et, dans une moindre mesure, en Asie-Orient, où la rareté de la main-d’oeuvre commencerait à freiner le développement économique.


La main d’oeuvre jeune à l’échelle mondiale représente

633 Millions en 2005

657 Millions en 2015

dont 300 Millions de jeunes travailleurs pauvres

(moins de 2$/jour)

Un déficit de possibilités de travail décent a des effets sur les jeunes à la recherche d’un emploi mais incapables d’en trouver – les chômeurs – et entraîne une situation où les jeunes hommes et femmes travaillent dans de mauvaises conditions -les sous-employés - ou quittent involontairement de la main-d’oeuvre, convaincus qu’il n’y a pas de travail pour eux –les travailleurs découragés.

Indépendamment de leur état d’activité économique (travailleur, chômeur ou inactif), les jeunes qui ne sont pas capables de tirer le meilleur parti de leur potentiel productif sont susceptibles d’éprouver un sentiment de découragement, de marginalisation et d’appauvrissement, d’oisiveté – au risque d’être attirés par des activités illicites – ou de frustration du fait de leur situation et peuvent diriger leur colère et leur frustration contre la société qui les a engendrées.

Ces jeunes sont les plus susceptibles de profiter des mesures économiques visant à accroître les possibilités de travail décent destinées aux jeunes. (OIT –2006)


La création d’emplois décents (qui rapporte un bon revenu, assure la sécurité, la flexibilité, la protection..) pour les jeunes doit être prioritaire pour transformer en une force positive de développement ce qui est pour l’instant un gaspillage de capacités productives.

Idée reçue : Le chômage constitue le défi majeur du marché de l’emploi pour les jeunes (OIT-2006)

Le chômage des jeunes n’est que la partie visible de l’iceberg. Malgré la difficulté de les mesurer, il existe deux autres groupes dont le nombre est supérieur à celui des jeunes chômeurs, mais qui vivent les mêmes frustrations que les chômeurs : les jeunes découragés et les travailleurs pauvres.

Dans les pays dépourvus de mécanismes efficaces d’assistance aux chômeurs, la focalisation sur les chômeurs présente le risque d’exclure de l’analyse la population moins privilégiée qui ne peut tout simplement pas se permettre d’être inactive.

Dans plusieurs pays en développement, les jeunes ayant des milieux socioéconomiques aisés sont sur représentés dans les chiffres du chômage parce qu’ils sont les seuls qui ont les moyens de chercher du travail sans gagner un revenu.

Par conséquent, dans les pays en développement, le problème ne concerne pas tant le chômage que les conditions de travail des personnes ayant un emploi. En pareil cas, les indicateurs liés aux conditions de travail seraient beaucoup plus édifiants sur la situation des jeunes sur le marché du travail.

Récapitulatif

Jeunes chômeurs en 2005 : 85 Millions (74 Millions en 1995)Jeunes travailleurs pauvres : 300 Millions (- 2$/jour)Jeunes découragés : 20 Millions

Soit 400 Millions d’emplois décents sont nécessaires pour profiter pleinement

du potentiel productif des jeunes aujourd’hui.

1 jeune sur 3

recherche du travail sans succèsou a renoncé à en chercher,ou travaille pour un revenu inférieur au seuil de pauvreté de 2$/jour.

Comparativement aux adultes, les jeunes ont encore plus de 3 fois plus de chances

de chômer.

Le chômage des jeunes continue d’augmenter dans la plupart des

régions du monde. (OIT-2006)

Le nombre de jeunes chômeurs a crû de 14,8 % durant la dernière décennie pour atteindre le chiffre actuel de 85 millions en 2005. Un examen plus attentif des différentes régions montre une croissance de 85,5% en Asie du Sud-est et Pacifique, 34,2 % en Afrique subsaharienne, 23% en Amérique latine et Caraïbes, 18,2 % au Moyen-Orient et Afrique du Nord, 16,1 % en Asie du Sud, de légères baisses en Europe centrale et orientale (non-UE) et CEI, et une forte baisse de l’ordre de 17,5% dans la région Économies développées et l’Union européenne.

Entre 2004 et 2005, la seule baisse a été observée dans les Économies développées et l’Union européenne. Toutes les autres régions ont enregistré des hausses, de 0,4 % (Asie du Sud-est et Pacifique) à 3,1 % (Europe centrale et orientale (non-UE) et CEI). Le chiffre total de jeunes chômeurs a encore crû au cours des deux dernières années et pour s’établir à 85,3 millions en 2005.


Indicateurs du marché du travail : comparatif Asie du Sud Est / Europe

 

Population active :

En Asie du Sud Est : les jeunes représentent 27,5% de la population active.En Europe, les jeunes représentent seulement 15,7% de la population active.

 

Taux de chômage :

En Asie du Sud Est : une hausse spectaculaire du taux de chômage des jeunes au cours des 10 dernières années a été observée. Il est monté de 9,2 à 15,8%. Ces hausses importantes sont attribuables aux crises économiques et à l’accélération du chômage qui touche les plus jeunes.En Europe : le taux de chômage est de 13%.

Rapport du taux de chômage jeunes/adultes

En Asie du Sud Est : la proportion est de 5 fois supérieure à celle des adultes. Les jeunes sont très défavorisés dans leur recherche d’emplois par rapport aux adultes.En Europe : la proportion n’est que de 2,3. Entre 1995 et 2005, le nombre des chômeurs jeunes a enregistré la plus forte hausse à 85,5% passant de 5,2 Millions à 9,7 Millions).

 

Pourquoi les taux de chômage des jeunes sont-ils supérieurs à ceux des adultes? (OIT – 2006)

 

Plusieurs explications possibles : 

1. Le principe "dernier entré, premier sorti". Les jeunes sont plus fragiles que les adultes en période de difficultés économiques. Ils sont plus susceptibles d’avoir moins d’expérience professionnelle que les adultes. Si l’on considère que les employeurs sont à la recherche de travailleurs jouissant d’une expérience, les jeunes qui entrent sur le marché de l’emploi pour la première fois seraient défavorisés et rencontreraient beaucoup plus d’obstacles dans la recherche d’un emploi qu’un adulte qui jouit d’une plus longue expérience professionnelle.

En temps d’offre de main-d’oeuvre abondante en concurrence pour un nombre limité d’emplois, les jeunes seraient les « derniers entrés ».

Tout de même, du fait qu’un jeune travailleur est plus susceptible d’avoir moins d’ancienneté qu’un travailleur adulte, moins de moyens de l’entreprise auront été investis dans sa formation, et qu’il est plus probablement sous contrat à durée déterminé, il sera moins cher de le faire partir en période de difficultés économiques. Ainsi ils seront les « premiers sortis ».

 

2. Le manque d’expérience dans la recherche d’emploi. Un jeune manque souvent à la fois d’informations sur le marché de l’emploi et l’expérience nécessaire. Dans plusieurs pays en développement, ce n’est que par des méthodes informelles de placement -généralement grâce à la famille et à des amis – qu’un jeune trouve un emploi. Sans la méthode informelle (à travers les amis et la famille), ils pourraient simplement ne pas savoir comment et où chercher du travail.

Les adultes, d’autre part, pourraient avoir la possibilité de trouver du travail à l’avenir grâce aux recommandations d’anciens employeurs et anciens collègues et ils sont plus susceptibles de connaître les gens « qu’il faut ».

 

3. La volonté de « faire le tour ». Il est aussi possible que les jeunes puissent prendre le temps de “faire le tour” à la recherche du meilleur emploi, ce qui implique qu’ils peuvent attendre longtemps avant de trouver le meilleur emploi, c’est-à- dire qu’ils peuvent attendre longtemps pour trouver un emploi qui colle à leurs exigences. Cela implique, cependant, qu’une structure d’appui, telle que la famille, est en place pour les soutenir économiquement pendant qu’ils cherchent un emploi.

Dans les pays à faible revenu, cette structure d’appui n’existe pas pour la majorité des jeunes gens et, en conséquence, un jeune ne peut tout simplement pas se permettre de rester au chômage et il est susceptible d’accepter toute offre disponible, quelles qu’en soient les conditions ou si elle convient à ses qualifications ou ses compétences.

 

4. Le manque de mobilité. Il est peu probable que les jeunes qui viennent d’intégrer la main-d’oeuvre disposent des moyens financiers nécessaires pour s’installer ailleurs, sur le plan national ou international, à la recherche d’un emploi. Du fait que beaucoup dépendent encore des revenus familiaux, leur recherche sera circonscrite au voisinage immédiat du domicile familial.


Aucune de ces raisons ne suffit à elle seule pour expliquer l’écart entre les taux de chômage des jeunes et ceux des adultes. La raison la plus probable est que ces différents facteurs y contribuent ensemble.

Il est certain aujourd’hui que les tendances du marché du travail des jeunes doivent être discutées au niveau régional et non mondial car ces chiffres comprennent des réalités très différentes au niveau de chaque pays ou régions.

Mise en cohérence de l’offre et de la demande de main d’oeuvre jeune. Des programmes spécifiques aux jeunes doivent être élaborés en vue d’assurer que l’aide aille là où elle est nécessaire.

Bien que les jeunes aient une meilleure éducation, le chômage dans le monde a atteint des niveaux record. Le chômage des jeunes est le taux le plus élevé jamais enregistré.

 

 

Qu’est ce « l’Agenda pour un travail décent » ? 

 

Le travail décent est une stratégie de développement qui reconnait le rôle central dans la vie des gens : un travail qui est productif et apporte une rémunération juste ; la sécurité sur le lieu de travail et la protection sociale des familles ; de meilleures perspectives de développement personnel et d’intégration sociale ; la liberté d’exprimer ses revendications ; la possibilité d’organiser et de participer au processus de décision ; et des chances égales et un traitement équitable de tous, femmes et hommes. Le travail décent est l’essence même des stratégies mondiales, nationale et locale en faveur du progrès économique et social. Il est crucial dans les efforts pour éradiquer la pauvreté et comme moyen d’atteindre un développement équitable, fédérateur et durable.

 

Pour réussir à mettre en pratique l’Agenda pour le travail décent, quatre objectifs stratégiques doivent être mis en oeuvre : 

 

Créer des emplois – une économie qui génère des possibilités d’investissements, d’entrepreneuriat, de création d’emplois et de moyens de subsistance durables.

 

 Garantir les droits au travail – obtenir la reconnaissance et le respect du droit des travailleurs. Tous les travailleurs, et en particulier les travailleurs défavorisés ou pauvres ont besoin de représentation, de participation et de lois justes qui soient appliquées et servent véritablement leurs intérêts.

 

Fournir une protection sociale minimale – la marginalisation et la pauvreté signifient que les plus démunis ne sont aucunement protégés contre les accidents de la vie qui mènent a un niveau de vie misérable ou en déclin.

 

Promouvoir le dialogue, notamment dans la résolution des conflits – les pauvres comprennent la nécessité de négocier et savent que le dialogue est le moyen de régler pacifiquement les problèmes. Le dialogue social, qui implique des organisations de travailleurs et d’employeurs fortes et indépendantes, est essentiel pour accroitre la productivité, éviter les conflits au travail et construire des sociétés solidaires.

 

(Bureau international du travail. Octobre 2006)

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