Ils se sont engagés
Temoignage de Elsa Becart, volontaire à LP4Y de septembre à mars 2011
Je suis partie à Manille en Septembre 2010 pour y faire ma 3ème année d’école de commerce. Avant de partir pour les Philippines, je savais que je voulais travailler pour une association et mon emploi du temps étant assez « soft », j’ai pu consacrer 2 jours par semaine à LP4Y.
Pendant 7 mois, j’ai été chargée de la Communication. Je m’occupais donc des newsletters, du site web, de la collecte de dons en ligne, de flyers, des cartes de visite, des ID… Et pleins de petites missions que Jean Marc avait le plaisir de me confier le matin quand j’arrivais à Valley Vista Village ! Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer… Et ma mission m’a beaucoup plu !
Quel plaisir de pouvoir apporter un petit quelque chose à une ONG pleine d’avenir ! Et quel plaisir de participer au développement exponentiel de LP4Y ! En 7 mois, les projets se sont multipliés, les premiers résultats sont plus que satisfaisants et des milliers d’idées fusent… Il ne reste plus qu’à trouver les ressources et je suis persuadée qu’elles verront le jour rapidement !
J’ai eu l’occasion de donner quelques trainings, aux jeunes du Green Program, en communication, Powerpoint, création d’ID et d’adresse mail. Quel bonheur de travailler avec eux. Ca m’a permis de mieux les connaitre et de partager de merveilleux moments avec eux ! Ils ont un véritable potentiel et une énorme envie d’apprendre et de progresser.
J’ai également assisté à l’ensemble des étapes du Green Program : appel des clients, achats à Divisoria, packaging et livraison. Ca a été, pour moi, des moments uniques… Parmi mes plus beaux moments aux Philippines ! Les jeunes sont impressionnants ! Ils ont un comportement très professionnel et apprennent très vite. On a parfois du mal à croire ce qu’ils ont pu vivre dans le passé ou ce qu’ils vivent encore aujourd’hui, chez eux.
Prenons simplement l’exemple de D.A. Ce jeune garçon, d’à peine 18 ans, a perdu son père. Sa mère et ses 2 frères sont en prison. Et malgré ca, il a une énergie incroyable, le sens de l’humour et toujours le sourire.
Autre exemple, D., ancien prisonnier, il est aujourd’hui le « driver » du Green Program et il nous dit qu’il rêve devenir « Manager du Green Program ». En plus de ca, il étudie à La Salle, tous les soirs.
Mon meilleur moment chez LP4Y a été lors de la livraison du Green Program avec D. et J. Ils ont été incroyables, professionnels, et adorables. Je revois les yeux grands ouverts de J. lorsque nous rentrons dans les buildings immenses de Makati, ou le sourire des clients quand il arrivait chez eux en leur disant les quelques mots en français qu’il a appris avec les volontaires. J’ai beaucoup discuté avec eux pendant cette journée… Une vraie leçon de vie de passer du temps avec ces jeunes… Et une seule envie : continuer de les aider à réaliser leurs rêves !
Une semaine avec le Green Program, récit de Hélène Vanacker, volontaire
"Jetés les chewings gum, dissipée l’effervescence des premières minutes, réunis autour de la table, les « boys » sont, je crois, prêts à travailler.
Il a fallu apprendre à se tenir bien et à serrer la main en regardant son interlocuteur dans les yeux.. Ils ont tous fait l’acquisition d'un agenda qu’ils posent devant eux, ouvrent sur demande et apprennent peu à peu à remplir pour faciliter l’apprentissage de l’organisation, une vertu que leur passé carcéral leur a épargnée.
La semaine est rythmée par les livraisons de fruits et légumes au domicile de nos clients. Le lundi, il faut réunir les commandes et appeler ceux qui n’auraient pas encore commandé cette semaine.
"Comment ne pas s’émouvoir devant ces bras tatoués tremblants pour leurs premiers coups de téléphone...Il s’agit de leur donner confiance en eux avec des tâches qu’ils n’ont jusqu’à présent jamais accomplies. Pourtant, les simulations ludiques puis la pratique leur donnent bientôt le goût du contact avec ce public d’expatriés qui constitue aujourd’hui l’essentiel de notre clientèle. « Thank you Mam, did you notice our special offer Mam ? ».
Le lundi soir, on se retrouve à dîner et lorsque l’équipe des ventes a fini sa journée, l’équipe logistique prends le relais et part à Divisoria. C’est un gigantesque marché nocturne où tournent toutes les marchandises de MetroManila. Haut lieu de trafics et de petit banditisme, sanctuaire des gangs auxquels certains de nos "entrepreneurs en herbe" ont peut être un jour été affiliés. Cette fois-ci, leur présence est animée par un tout autre motif; l’achat de quelques 300kg de fruits et légumes.
C’est un réel apprentissage de se sensibiliser à la qualité des produits. Nous réfléchissons ensemble ; Pourquoi est-ce important pour le client ? Pour notre image ? En quoi s’agit-il de produits fragiles et périssables ? Comment investir ? Faut-il considérer d’autres facteurs que le seul prix ? Après les achats, il faut s’atteler au « packaging ». Chaque semaine, l’organisation est modifiée et améliorée en fonctions des petites erreurs qui font livrer trop de gingembre à l’une, oublier les bananes de l’autre de nos clientes, souvent bienveillantes.
Pour prévenir ou résoudre ces petites contrariétés, nous réfléchissons ensemble à la manière de « réparer » et usons de l’argument séduisant des mangues gratuites, données en réparation proportionnellement au dommage subit.
Apres une nuit de travail, le relais est passé à l’équipe de livraison qui déposera un à un les paniers en palme tressée car le plastique est banni ; on ne s’appelle pas Green Program pour rien !
La suite de la semaine est un savant mélange de travail et de formation.
Mise en jambe matinale par la lecture du journal et une discussion sur un article choisi par chacun. Un entrepreneur doit être au courant de l’actualité et y poser un regard critique.
Le grand débriefing du mercredi matin est toujours tres interessant puisque nous sommes encore dans l’élaboration. Il est essentiel de réfléchir à une autoévaluation et en tirer les conséquences pour améliorer les prochaines semaines. Les procédés se construisent ainsi au gré des erreurs et des ajustements. C’est aussi l’occasion de préparer la semaine prochaine et de faire un grand pas vers l’anticipation.
Puis, entre des tutoriaux d’anglais et d’informatique, le lancement des ventes de la semaine suivante, les garçons vont rapporter les prix des différents supermarchés pour s’assurer que nous sommes compétitifs. Les tâches de logistique, d’informatique et de marketing sont distribuées en fonction des goûts et des aptitudes très variés que le terrain a pu révéler.
Il est à ce titre amusant de voir des leaders se distinguer dans tel ou tel domaine. Autant que possible, il faut pourtant continuer à les stimuler pour développer leurs compétences cachées.
Il est épatant de voir ces gaillards avancer à tâtons et prendre peu à peu leur autonomie dans le programme.
Il est incroyable de les voir repousser les limites et se surprendre eux-mêmes.
Il est parfois difficile de savoir comment être juste avec tous et chacun.
Il est souvent tentant de négliger la pédagogie pour assurer une meilleure performance.
Il faut alors se poser la question du sens du Green Program ; faire des livraisons parfaites et rentables, monter un vrai business ou donner l’opportunité à des jeunes gens de se construire dans le travail ?
A ce titre, nous pouvons compter sur la collaboration de nos clientes qui pardonnent les petits écarts et nous permettent de continuer à avancer. Même imparfaite, chaque livraison est un succès si elle a permis l’acquisition de compétences et de plus d’autonomie.
Je crois donc que l’essentiel de ce qui est appris se fait en contrepoint de la vente elle-même, dans les enjeux de challenge personnel et d’équipe, dans les défis faits à leur passé pour devenir, peut être des entrepreneurs mais surtout des hommes adultes : pourvu que cela porte des fruits !".
Ainsi que son témoignage :
Les challenges de Green Program sont divers, à l’instar des profils des étudiants qui y travaillent. C’est sans doute ce qui en fait un programme passionnant.
Les étudiants portent un lourd passé de précarité sociale et familiale, corollaires de leurs séjours en prison. Ces difficultés qu’ils ont rencontrées de part et d’autres des barreaux sont encore des défis majeurs aujourd’hui et pour l’avenir, ne serait-ce que parce qu’ils manquent d’un moteur essentiel : la confiance.
En tant que volontaire, il s’agit de stimuler chacun dans son domaine de compétence et d’intérêt, afin de le pousser à aller de l’avant. C’est en m’intéressant à une sorte de « pédagogie de l’autonomie » que j’ai découvert combien le processus en est complexe. Pour moi, les étapes ont été posées une à une depuis l’enfance, à l’école, en famille, dans un environnement incomparable au monde de la rue ou des prisons de Manille. L’appréhension du temps au delà du « jour le jour », l’esprit d’initiative, de remise en question, sont des notions essentielles pour les entrepreneurs qu’ils deviendront. A leur rythme, les étudiants découvrent ce monde passionnant, qui leur ouvre des horizons.
Tout n’est pas parfait, chacun d’eux est si différent, de talent, de maturité, d’histoire ; on apprend à les connaitre avec un plaisir favorisé par les progrès magnifiques qui éclosent peu à peu, outre la seule amélioration du service de livraison à nos clients.
Par ailleurs, je découvre avec intérêt l’univers de la pédagogie, de l’entreprenariat et de l’entreprise, qui étaient jusque là assez peu présents dans mes études de médecines.
Victor Gaeremynck, volontaire de Aout à Décembre 2010
En règle générale les échanges universitaires n’impliquent que peu d’heures de cours, cela s’est confirmé à l’université La Salle de Manille ; les 12h obligatoires laissent beaucoup de temps libre à ses étudiants étrangers ! De mon côté j’ai choisi de le consacrer à donner un coup de main à LP4Y.
Ainsi plusieurs jours par semaine j’ai occupé mon temps à essayer de m’y retrouver entre les budgets des différents programmes, à effectuer quelques démarches administratives, et à donner des trainings Excel aux jeunes du Green Program. Cette expérience a été passionnante et croyez moi c’est tout à fait passionnant de participer à la dynamique de l’organisation. J’ai eu la chance de participer au premier séminaire avec les volontaires et d’assister au lancement des programmes à Cebu, Illigan, et Old Balara à Manille !
LP4Y est en constante évolution et ça se sent sur le terrain : les trainings se mettent en place, les relations avec les partenaires se développent, les implantations LP4Y progressent, et le plus important… les jeunes construisent leurs projets d’avenir, gagnent en maturité, et avancent jour après jour.
Ce qu’il se passe à Valley Vista Village (siège de LP4Y aux Philippines) tous les jours vaut vraiment le détour : rendez vous dans la pièce principale, vous y trouverez certains jeunes en training, en train de travailler le bois ou de préparer la prochaine livraison du Green Program ; pénétrez ensuite dans la première salle à gauche et vous trouverez certainement d’autres jeunes en train de compléter les fichiers de gestion du Green Program, ou de répondre à des clients ; prenez enfin le couloir en face pour rencontrer les volontaires en train de s’affairer à la préparation des prochains training, de préparer des documents pour présenter LP4Y à de potentiels donateurs, et de réfléchir à comment résoudre certains problèmes qu’il y a eu avec un jeune.
Voilà, j’espère que vous aurez compris que ça ne s’arrête jamais, qu’on y a forcément le sourire, et que cette dynamique est remarquable !
Clara Fayard, volontaire d’octobre à décembre 2010
J’ai rejoint LP4Y en octobre 2010 pour une mission de trois mois. Concrètement j’ai réalisé des reportages vidéo pour faire connaître les activités de l’association. Je me suis donc improvisée « reporter en herbe », non sans problèmes techniques au début ! Après avoir dompté les logiciels de montage, avec l’aide patiente de Jean-Baptiste, me voici partie à la découverte de Cébu, Iligan et Manille. Je suis allée à la rencontre des jeunes pour recueillir des témoignages bouleversants sur leur vie, les épreuves qu’ils ont traversées et leur épanouissement au sein de LP4Y. J’ai également interviewé des personnes engagées auprès de l’association, toutes extraordinaires : les volontaires qui donnent leur temps et leur énergie pour gérer les centres de LP4Y, ou bien les plus fidèles clientes du Green Program ou encore Chay qui a consacré sa vie aux sourds muets d’Iligan.
Parfois je me suis sentie découragée en constatant l’ampleur de la tâche pour LP4Y. Lorsque je me suis rendue dans les bidonvilles ou à la campagne et que j’ai vu le nombre de jeunes vivant dans la misère, sans aucune perspective d’avenir, je me disais que c’était un travail sans fin! Mais face aux témoignages de ceux à qui LP4Y donne la liberté d’entreprendre, de réaliser leurs rêves et de vivre dignement, je me suis rendue compte que chaque jeune aidé est un pas de plus vers le développement.
Merci à toute l’équipe et aux jeunes de LP4Y pour cette expérience inoubliable.
Anne Sophie Lizé, volontaire de Octobre à Décembre 2010
« Thanks Ate », ces deux petits mots prononcés par les jeunes avec tellement de générosité et de spontanéité resteront longtemps dans un coin de ma tête.
J’ai passé 3 mois au sein de LP4Y en tant que « coach de formation » partageant mon temps entre le Green Program et le LPC de Old Balara. Parfois il m’a fallu être patiente, remettre en question ma pédagogie mais lire sur le visage de G. (GP team) la fierté qu’il a désormais à utiliser l’auxiliaire will en anglais, regarder avec quelle assurance A. (LPC de Old Balara) simule la vente d’un téléphone portable ou encore écouter avec quelle facilité et justesse ces jeunes se confient sur leur passé, leur futur, partagent leurs doutes et leurs passions, m’a rempli de joie.
Autour de ces jeunes, c’est toute une équipe de volontaires qui m’a aidé à me sentir à l’aise et épanouie dans un environnement tout nouveau pour moi.
On se rend vite compte que la devise de LP4Y « I can’t but together we can » n’est pas une valeur qui s’adresse uniquement aux jeunes défavorisés.
Alors c’est vrai je suis repartie de Manille le ventre serré me posant et me reposant la question de savoir ce que j’avais pu leur apporter en 3 mois.
Mais en regardant sur la photo de groupe de la Christmas Party de la GP team, les bouilles souriantes des jeunes mélangées aux visages un peu plus sages mais tout aussi passionnés des volontaires, je me dis que c’est dans une belle aventure que je me suis embarquée !
Alors à mon tour de vous dire: « Salamat Po »(Merci en Tagalog) !
Elsa
Hélène
Anne-Sophie
Victor
Clara
